N'est il pas meilleure façon de découvrir le monde que de le parcourir à pieds. N'est il pas meilleur moyen de se connaître que de puisez dans ses limites.
Nous avons quitté Cilaos en direction du Col du Taibit et dès le départ le rythme est rapide je n'arrive pas à suivre, la fatigue me gagne, la douleur sous mon point d'appui me fait souffrir à chaque pas.
Je préviens Jacques que je décroche et poursuis comme un somnambule jusqu'au pied du Taibit.
Altitude 1260m / 76ème KM
J'y arrive après 22h17 de course et à la 1152ème place.
Je retrouve Jacques qui se restaure, je l'imite mais sans trop d'appétit je n'ai qu'un objectif dormir à Marla après le montée du col.
il repart d'un bon pas et j'entame la grimpette lentement d'un pas régulier.
Là ça va, dans les montées mon ampoule me fait moins mal, à cet instant j'aimerai trouver un bâton.
L'ascension est longue, longue, chaque pas me pèse. Plus le temps passe plus je croise des concurrents endormis dans leur couverture de survie.
ils ressemblent à de gros bonbons dorés ou argentés à la lumière de ma lampe frontale, je me botte le c... pour ne pas m'arrêter et faire de même, mon idée fixe devient "je dormirai à Marla"
Combien de fois me suis je répété cette phrase? impossible à dire. Jusqu'au moment ou un virage attire mon attention (enfin ce qu'il en reste) Un endroit plat et suffisamment large pour que je puisse m'allonger à bout de force.
C'est décidé je me couche ICI et personne ne me délogera.
Je pose mon sac à dos et me rappel que j'avais ma deuxième trousse de secours, celle pour les bobos au moral.
Et oui avant de partir ma petite famille, mes amis ,mes partenaires ,m'avaient écrit des petits mots perso que je ne devais ouvrir que dans les moments difficiles, celui là en était un.
Donc avant de dormir me voici en pleine nuit glaciale découvrant ces messages.
Dès les premières lignes des larmes coulent (heureusement personne pour me voir)Murielle,Cynthia,Mélanie ont joint de petites photos avec des mots de tendresse.
Les blagues et les encouragements des amis me font du bien.
Les minutes s'écoulent , je tombe sur un message étonnant.
Je vous décris ce message.
Imaginé une photo de moi souriant à l'objectif, la tête sur un énorme oreiller ,le tout au chaud sous la couette, avec ces mots " ce n'est pas le moment de faire dodo, tu dormiras plus tard"
Étais ce un signe?
Je décide de reporter mon somme et reparts avec les jambes lourdes mais le coeur plus léger.
Les yeux rivés sur le relief du sol avec ma lampe frontale à la main je progresse une dizaine de minutes. Soudain, je tombe sur deux raideurs qui discutent au pied d'un superbe panneau indicateur et au dessus un ciel étoilé comme je n'avais jamais vu.
J'étais au sommet altitude 2080m.
Quand je pense que je me serais couché à une centaine de mètres de ce point quelques minutes plutôt.
La descente vers Marla est terrible je boite de plus en plus il pleut sans cesse.
Arrivée Marla 1H34
Altitude 1580m 82ème KM
cela fait 25h34mm que je suis parti.
A peine arrivée je recherche un lit pour dormir, Zut plus de place la seule solution faire comme la vingtaine de concurrents emballés dans leur papillote, dormir au clair de lune à même le sol.
Le temps de régler l'heure de réveil je me couche sur l'herbe trempée et glacée, me couvre de la couverture de survie tentant de dormir malgré les voix et le bruissement des couvertures alu.
Enfin je me sens plonger dans les bras de morphée, seulement la pluie tombe sur mon visage.
Comment se fait il? je constate que j'ai bien la couverture au dessus de ma tête, et bien ma transpiration se condense à cause de la température extérieur très basse d'où ces gouttes désagréables
je finis par m'endormir et là une voix puissante crie" il va être 3h00, pour ceux qui veulent partir c'est le moment".
D'un bond, je suis debout, grelottant de tout mon corps et claquant des dents.
Par manque de sommeil et lucidité je comprend que 3h00 est l'heure de fermeture du poste ,si je ne bouge pas mes fesses de suite, l'élimination me guette.
Je fourre en vrac ma couverture dans mon sac, me dirige prendre un café dont j'explose le premier gobelet à cause de mes tremblements, le deuxième sera tenu à deux mains et avalé en quelques secondes.
J'allume ma frontale,un petit pipi bosquet et hop je capte un groupe qui semble connaître la chemin.
Tant mieux,car dans l'état de fatigue ou je me trouve suivre est plus facile que de chercher son chemin.
Ah oui, j'allais oublié le moment ou une envie de meurtre à subitement surgie, celui ou mon téléphone a craché à tue-tête "il est 3h00, c'est l'heure de se lever" le tout en répétition.
Cela à bien fait rire l'équipe sauf moi qui comprend que je n'ai dormi qu'une demi heure.
Tant pis j'y suis, j'y reste et globalement je ne suis pas trop mal ,à par cette maudite ampoule.
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